Le problème que nous évoquons tous est celui du contrôle – difficile – du volume de notre voix, sans aucun autre repère que les réactions de notre interlocuteur…

" J’ai beaucoup de mal à contrôler ma voix, j’ai l’impression que si je ne m’entends pas un peu, que les autres ne me comprennent pas, mais à ce moment-là on me dit : " oh ! la, la, ne parle pas si fort ", pour moi ce n’était qu’un murmure. Tous les jours je dois me dire aujourd’hui je vais faire attention à ne pas parler trop fort, mais quand je parle spontanément, là, j’oublie de contrôler ma voix, que faire ? Et puis je me dis ce n’est pas grave si je parle un peu fort, j’ai des hauts et des bas… L’autre jour à la poste, tout le monde s’est retourné pour me regarder, là je pense que je devais parler trop fort, j’étais un peu ennuyée je demandais de l’argent ! ".

" Mon audition est à éclipses… et ma voix aussi. Lorsque je n’entends rien, ma voix résonne dans ma tête d’une façon intolérable et j’ai sans cesse l’impression de crier alors que je chuchote et que personne ne m’entend ! "

" Dans bien des circonstances, la voix doit s’adapter non seulement à l’environnement sonore mais à ce qu’on dit. Des mots de compassion se diront dans la douceur, par exemple. Il faut s’habituer à une gymnastique mentale pour mieux adapter sa voix. Par exemple inutile de parler quand le métro roule ou au bord d’une autoroute. Mais il y a bien des situations plus complexes et c’est une gêne, une crainte aussi que l’intonation exprime mal la parole. "

" L’autre est un miroir qui me renvoie ma voix… c’est un effet de réverbération et l’on vivra d’autant mieux " avec " sa voix que nos interlocuteurs sauront nous y aider, avec délicatesse… on est si vite blessé… On nous dit toujours " tu parles trop fort, tu parles trop bas " … et si peu " je ne te comprends pas bien "

" Lors d’une conversation, on me dit " ne crie pas si fort " quand il me semble que je parle normalement ; cela me fait mal : acceptation ou exaspération suivant l’humeur du moment ! "

" Comme beaucoup je parle souvent trop bas dans un milieu bruyant et alors là, je n’ai jamais de compliments. Franchement on nous demande parfois trop de choses, c’est déjà tellement, tellement dur avec nos oreilles bouchées. "

La solution ? faire confiance à son entourage peut-être…

" Quand nous étions, par exemple en réunion de famille, si notre mère parlait trop fort, je lui faisais un petit signe de la main dans un sens et dans l’autre si elle ne parlait pas assez fort. Quand je suis devenue comme ma mère, mon compagnon faisait la même chose avec moi. Cette façon " familiale " discrète de procéder a été, est adoptée par d’autres de notre entourage ".

Inventer…

" Je me dis qu’on pourrait inventer un appareil qui donnerait un signal pour avertir : " trop fort, trop faible, normal "… comme une montre portée par la personne sourde, ou un petit appareil posé sur la table… ? Qui inventera cela ? "

Faire un travail de rééducation de la voix, encore balbutiant pour les devenus sourds, malentendants :

" Maintenant que je connais beaucoup de sourds, de malentendants - sourds de naissance ou devenus sourds – je trouve que le travail de la voix n’est pas assez pris en charge par les phoniatres, les orthophonistes… La lecture labiale, oui, mais la voix ? Telle personne a une voix criarde et trop forte qu’elle ne maîtrise pas du tout… (qui le lui a dit ? quelle proposition du travail de sa voix lui a été faite ?)

Telle autre personne appareillée depuis peu, parle trop bas maintenant…

Tel sourd de naissance a une voix hachée, difficile à comprendre… au débit saccadé, irrégulier…

Comment aider, sans blesser ? que conseiller vers quels professionnels orienter ? il semble que le travail de la voix du devenu sourd ne soit pas une priorité… alors qu’il s’agit de faciliter l’insertion sociale de la personne et de lui procurer un mieux-être, un mieux vivre… "

Si la voix s’enraye, il faudrait pouvoir consulter un phoniatre, or ceux-ci sont très peu nombreux. En regardant sur l’annuaire électronique on s’aperçoit qu’il y en a à peine une dizaine à Paris, et un ou deux par département ou même zéro. Aux cours de lecture labiale les orthophonistes ne parlent presque jamais de la voix – Dommage ! "

Tout cela, à défaut de pouvoir reconquérir sa voix grâce à une meilleure audition…

" Quand j’étais petite, j’avais beaucoup de difficultés pour améliorer ma voix. Mais, depuis mon implantation, ma voix s’est modifiée en dynamique, c’est à dire que je parle moins fort et plus régulièrement. C’est un grand soulagement pour moi de constater que les entendants ne me demandent plus de parler moins fort "

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