Trouver un travail : un parcours de combattant



L’Association "COSP" (Communication Orientation Sociale Professionnelle) dont le siège est à Vincennes, apporte une réponse à la question du travail et du chômage des sourds et malentendants.
Pour contacter COSP :
COPS - 30, rue de l’Eglise - 94300 Vincennes
Tél : 01 43 98 33 98 - Fax : 01 43 98 20 07 - Minitel : 01 43 98 64 80

Lundi au vendredi :

  • ouvert de 9h à 12h30 - 13h30 à 18h

  • Samedi :
  • ouvert de10h à 13h



  • MARIE-JEANNE

    Marie-Jeanne, qui anime le groupe des Jeunes du Bucodes (avec Cécile et Sylvaine)

    est laborantine de profession. Actuellement en convention de conversion elle vit avec

    courage et dynamisme cette épreuve du chômage :

    Licenciée...

    "Je suis actuellement au chômage ou plus exactement en convention de conversion après un licenciement économique depuis début octobre 98. Toutes mes collègues se trouvent dans le même cas que moi puisqu'il s'agit de la fermeture du laboratoire d'analyses médicales où nous étions... La période de licenciement a été mal vécue, j'apprenais que j'étais virée au retour de mes congés d'été. De plus, mes anciens employeurs n'ont pas bien respecté la procédure de licenciement et celle de la convention de conversion... Le jour où je quittais le laboratoire pour de bon, j'ignorais si j'allais avoir tous les papiers nécessaires, car il n'y avait rien de prêt. En fait, tout a été arrangé le jour même, dans l'après-midi...

    Aidée...

    Pendant ma convention de conversion, voulue afin d'apprendre de nouvelles techniques, j'ai dû faire beaucoup de démarches. Je suis aidée pour cela par une dame entendante. Elle est elle-même bénévole d'une association de parents de déficients auditifs, l'ARPADA. Elle est mère d'un jeune homme sourd et belle-mère d'une jeune femme malentendante. Ces derniers ont aussi été dans le même lycée que moi. Comme elle est à la retraite, elle dispose de beaucoup de temps libre et peut passer des coups de fil pour moi. Et elle me prévient par Minitel en direct ou par courrier.

     

    Recyclee...

    Grâce à elle, j'ai pu obtenir de précieuses informations. C'est ainsi que je suis allée à Handipass, l'ANPE pour les handicapés située à Paris 11e.

    Je suis en contact avec une dame de l'Unité Technique de Reclassement (ou UTR de l'ANPE) dans le cadre de la convention de conversion. Mais on ne peut rien faire pour moi. C'est à moi de chercher, de bâtir un projet, de trouver un travail et ensuite je demande l'avis des personnes qui suivent mon dossier. Donc je dois me débrouiller mais je suis conseillée par plusieurs personnes.

    J'ai pu faire un stage d'Internet de deux heures, j'ai visité un laboratoire à l'INSERM, j'ai passé plusieurs concours et j'attends les réponses. Je ferai un stage de cinq jours dans une branche de la biologie et je suivrai des cours par correspondance. De même, j'ai l'espoir de faire bientôt un CES (ou contrat emploi-solidarité) dans un laboratoire de recherche. Il s'agit d'un petit travail à durée limitée, en l'occurrence d'un an, mais c'est mieux que rien.

    Bref, je fais le choix de ne plus travailler dans un laboratoire d'analyses médicales, c'est-à-dire dans le privé, car le téléphone est indispensable. De même, il ne m'est pas possible d'entrer à l'hôpital car il n'y a absolument plus de place de technicienne dans tous les hôpitaux où j'ai envoyé des C.V.

    Trouver du travail est un vrai parcours de combattant, d'autant plus que je ne peux pas téléphoner, et qu'il y a peu d'offres d'emploi en cette période. La surdité m'est donc un obstacle supplémentaire. Mais, en contrepartie, j'ai découvert qu'un sourd n'a pas besoin d'être un an au chômage pour faire un CES. Qu'il existe des postes réservés dans certaines entreprises ou administrations. Que les sourds peuvent avoir le tiers-temps supplémentaire aux concours, le temps en plus pouvant permettre de gagner des points... De plus j'ai l'avantage d'être aidée par une dame. Au début, j'avais honte d'être licenciée, puis petit à petit, j'ai appris à accepter ma nouvelle situation et à en parler autour de moi".

     



    ODILE

    (39 ans), qui élève son fils de 10 ans et habite Montpellier, nous confie son "souci

    immédiat" : retrouver du travail, et régler ainsi ses difficultés financières...

    "Quel parcours de combattant, il est vrai que je commence à être mal à l'aise dans ce combat sans fin... Est-ce un mal du siècle, qui veut que chaque citoyen ait sa boule de difficultés à supporter ou surmonter ?

    Bientôt dix ans que je traîne de boulot en boulot sans trouver un emploi stable à la hauteur de mes compétences : bureautique, informatique...

    Puis l'argent commence à manquer : comment vais-je vivre avec mon bout de chou ? J'ai fait du porte à porte auprès des associations qui donnent des colis alimentaires ou des dons sous forme de bons à des familles en situation précaire... J'ai vécu et je vis encore à chaque fin de contrat de travail un constat d'échec, mais aussi parfois un plus dans mon parcours professionnel..."

    Puis Odile évoque les difficultés du sourd dans son milieu de travail (ce qui rejoint le thème du dossier sur le travail, l'emploi, traité dans le n° 188 d'Ecouter - octobre 94).

    "Pour ce qui est des difficultés pratiques dans la recherche d'un emploi : même combat... je rencontre des personnes dont la voix n'est pas familière à mes oreilles appareillées, je fais répéter et je passe pour une pestiférée... Je connais des gens qui sont compréhensifs et qui vous donneront un coup de main pour le téléphone, d'autres vous laisseront dans la gêne et se moqueront de vous.

    ... Quand je me présente devant un employeur éventuel, je trouve plus honnête qu'il m'embauche pour mes compétences et non pour la prime à l'embauche qu'il va encaisser pour ma présence..."

    "Je suis au chômage depuis deux ans car l'usine où j'ai travaillé pendant dix ans, a fermé pour

    raisons économiques. J'étais manutentionnaire. Vraiment, je n'avais pas le moral quand cela

    m'est arrivé...

    Quand l'ANPE trouve quelque chose pour moi, elle me prévient, c'est ainsi que j'ai travaillé un an dans une école primaire, à la cantine. Mais mon contrat n'a pas été renouvelé. Ensuite j'ai fait une semaine de gardiennage pour remplacer une gardienne en vacances dans une école. Maintenant je suis toujours sans emploi ; je m'en sors grâce aux allocations.

    Comme ma mère, âgée de 84 ans, a besoin de moi, je ne m'ennuie pas et je garde bon moral... Je n'ai pas de problèmes en tant que malentendante car je peux téléphoner ; j'ai affaire à l'ANPE "normale", pas pour personnes handicapées...

     



    PASCALE

    Pascale n'est plus au chômage, mais elle a bien voulu nous raconter son combat de plusieurs années pour retrouver un emploi stable après deux expériences de chômage.

    "Le chômage, je l'ai connu deux fois. Mon premier emploi, c'était quand j'entendais encore. Je l'ai quitté pour élever mes enfants en 1975. Devenue sourde presque totale, brusquement en 1976, quand j'ai voulu reprendre un emploi, j'ai vécu un parcours semé d'embûches.

    D'abord la COTOREP en 1981 pour reconnaître le handicap et obtenir le statut de travailleur handicapé. On me propose de passer des examens et en cas de réussite, d'avoir un emploi réservé, les Anciens Combattants (sic !) s'occupant des examens (ça je n'ai jamais compris pourquoi ! ...). Mais les emplois réservés, on nous les donne au compte-gouttes... toujours la même situation...

    Par ailleurs, je m'adresse à l'ANPE où je trouve rapidement mon second emploi en 1986 : la restauration ; ça marche. Les gens sont gourmands et les chaînes de restaurants - genre Casino ou Flunch -, explosent. Je travaille à temps partiel.

    Hélas, cinq ans plus tard, en 1991, licenciement économique et retour à la course à l'emploi. Je passe deux examens, toujours sous la houlette des Anciens Combattant, via la COTOREP.

    Un déménagement m'oblige à faire suivre mon dossier COTOREP dans mon nouveau département... A ma nouvelle ANPE, seulement 18 mois plus tard, je trouve un CES (Contrat Emploi Solidarité) dans un collège, à la cantine scolaire en 1994. Cet emploi est provisoire : maximum trois ans. Je continue donc mes nombreuses démarches dans les entreprises, sans me cantonner aux institutions pour travailleurs handicapés : leur lenteur et leur bureaucratie m'ont dégoûtée...

    Après deux ans environ de CES, je reçois une réponse positive pour un emploi dans un CAT (Centre d'Aide au Travail pour personnes handicapées). La proposition me séduit, mais le directeur doit attendre le feu vert de son administration...

    Et voici que le même mois, en mai 1996, je reçois deux autres réponses positives pour un emploi réservé ! Une réponse de la Poste (après un examen), qui me demande si j'accepte de rester sur la liste d'attente... ce n'est donc pas pour tout de suite... Seconde réponse : de l'Académie de Versailles. J'avais écrit au rectorat pour un emploi réservé dans la fonction publique. C'est pour la rentrée de septembre : le même travail à la cantine, dans le même collège.

    Mon dilemme : un comble d'avoir le choix ! Neuf ans après mon premier examen pour emploi réservé, me voici donc embauchée au collège. Voilà, je suis toujours dans le même collège car mes supérieurs ont demandé au rectorat que je reste, vu que j'étais bien intégrée pendant mon CES...

    Le chômage est une épreuve difficile à vivre. Il faut s'accrocher, être tenace, ne jamais perdre espoir, ne pas hésiter à relancer les éventuels employeurs, remuer l'administration, ne pas se limiter aux institutions pour travailleurs handicapés. Même sourd, on peut faire bien des choses : les employeurs peuvent le comprendre...

    J'ajouterai l'aspect financier : l'AAH (Allocation d'Adulte Handicapé), environ 3 500 F par mois, m'a permis de vivre, modestement, certes, mais plus facilement que ceux qui n'ont que le RMI, après la fin des ASSEDIC... Nous avons au moins cet avantage, tant que nous sommes au chômage...".

    Une Association : - Témoignages :